La Chute de la Maison Tech

Entre hypertrophie et hubris, les entreprises de la Tech sont-elles condamnées à subir leur destin ?

Le Journal du Net (JDN) a publié la chronique de Jean-Paul CRENN sur l’évolution probable des entreprises de la Tech. La récente chute de FTX ne peut que souligner l’acuité de son propos. Non pas en ce qui concerne les agissements de SBF mais bien de son environnement et notamment sur ses investisseurs, au premier rang desquels SEQUOIA.

En proie à l’hypertrophie et à l’hubris de leurs fondateurs, les grandes entreprises technologiques pourraient ne pas échapper à leur destin.

Dans sa première lettre aux actionnaires en 1997, Jeff Bezos, le fondateur d’Amazon, affirmait que son entreprise en était toujours à son « premier jour » et devait le rester. Le deuxième jour serait synonyme de stagnation puis de dispersion. 

Cette exigence de ne pas se reposer sur ses lauriers résonne de façon particulière quand la « bande des 5 » » de la Silicon Valley (les MAMAA, pour Microsoft, Amazon, Meta (Facebook), Apple et Alphabet (Google)) ont vu collectivement leur capitalisation boursière chuter de 37% depuis le début de l’année et ainsi s’envoler dans les limbes 3,7 milliards de dollars.

Des business modèles peu éthiques basés de plus en plus sur les achats compulsifs réalisés par des personnes vulnérables n’ont pu lutter contre la tendance asymptotique de leur croissance. Leur poids économique relatif (20% de l’indice S&P à elles 5) ont rendu ces entreprises dépendantes aux cycles de l’économie, ce que la fièvre numérique durant la pandémie n’a que temporairement masqué. Les taux de pénétration des smartphones, de la publicité numérique et du streaming plafonnent avec celui des temps de cerveau disponibles. Le rendement décroissant de la captation de l’attention des publics ralentit ainsi la croissance des ventes du dernier trimestre à 9%, à peine plus que l’inflation.

Parallèlement les MAMAA sont menacés d’hypertrophie et leur situation s’est aggravée par l’hubris de leurs dirigeants. Projets expérimentaux, orgies de dépenses de prestige et recrutements pléthoriques ont divisé par 3 le rendement de leur capital en 5 ans. Cela se combine à un pouvoir disproportionné des patrons et des fondateurs dont certains ont un contrôle quasi absolu au travers de droits de vote spéciaux, à l’image de Mark Zuckerberg de Meta, le groupe propriétaire de Facebook.

Ces deux phénomènes dévoilent l’incapacité de ces entreprises, et tout particulièrement de Meta, de sortir d’un modèle économique non seulement fragile car dépendant de comportements toxiques par et pour leurs usagers mais également en voie de saturation. Apple est également concerné, les jeux représentent 70% de ses revenus et 64% de ses ventes ont été générées par les 1% des joueurs les plus dépensiers. Du côté de Google, 5 à 10% de ses annonceurs représentent plus de 90% de ses revenus.

La « bande des 5 » doit trouver de nouvelles sources de croissance, à la mesure de ses enjeux. Elle est sous pression car le temps lui est compté : de nouveaux entrants peuvent accaparer de nouvelles technologies émergentes et la période de l’argent gratuit est révolue.

Mais métavers, véhicules autonomes, ordinateurs quantiques, robotisation… nécessitent de lourds investissements et présentent un niveau de prise de risque élevé. C’est là que l’hubris de leurs Présidents sans contre pouvoirs devient dangereux car, confiants en leur génie qui les a menés aussi haut, ils décident seuls, sans contradicteurs, confits de certitudes. Or depuis l’antiquité nous savons qu’il n’y a pas loin du Capitole à la roche Tarpéienne : l’homme au sommet de sa gloire est au bord du précipice s’il ne sait être humble. Zuck, le sais-tu ?

Hubris et Némésis : l’avenir de la Tech ?

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