Le RGPD rendra Facebook et Google encore plus puissants

Loin d’affaiblir Google et Facebook, le règlement européen sur la protection des données personnelles les consolidera davantage face à la concurrence.
 C’est en tout cas la thèse que je défends dans l’article publié dans Les Echos aujourd’hui.

L’application du règlement général sur la protection des données personnelles (RGPD), le 25 mai, entre en résonance avec la récente déposition de Mark Zuckerberg auprès du Congrès Américain. Le PDG de Facebook s’est dit favorable à plus de régulation quant à la collecte et à l’exploitation des données personnelles. 
 Zuck serait-il devenu altruiste ?
Pour lire l’article dans Les Echos, c’est ici.
Sinon, voici l’original :
 

Google et Facebook reçoivent, en fonction des estimations, entre la
moitié et les trois-quarts des dépenses de publicité digitale dans le monde et
cette part de marché incroyable semble devoir croître.

Du fait de l’échec de Google à développer une réelle plateforme de
media social, ces deux entreprises ne sont pas en concurrence frontale. Elles peuvent
ainsi continuer de croître sans risquer de se confronter.

Une telle concentration de puissance sur un marché ne peut qu’inquiéter
car elle mène, fatalement, à des abus. Tout autant inquiétant est le contrôle exercé
par ce duopole sur les informations personnelles de la majorité de la
population connectée. Car si les données personnelles sont le carburant de la
publicité digitale, cette dernière vient à son tour les enrichir, les rendant
encore plus précieuses pour optimiser de nouvelles publicités digitales qui à
leur tour….
La mainmise sur
le marché de la publicité digitale et l’exploitation des données personnelles
sont plus que liées – ce sont les deux faces d’une même pièce.
Ceux que la mainmise de Google et de Facebook inquiète – j’en fais
partie – tendaient à penser qu’une régulation plus forte, tant au niveau des
données personnelles que de l’anticartel aiderait à atténuer le pouvoir grandissant
de ces entreprises. Le raisonnement était que si les législateurs et les juges
ne brisaient pas ces nouveaux titans, quelques contraintes apportées à leur
capacité à collecter et à exploiter les informations personnelles limiteraient
quelque peu leur expansion.
Hélas, avec le nouveau règlement prenant effet sous 15 jours, il
devient soudain clair que la réalité va être très différente de ce qui avait
été anticipé.
Le RGPD va renforcer
encore plus Google et Facebook
Loin de l’affaiblir, il va rendre le duopole encore plus puissant en le
protégeant encore mieux de ses concurrents actuels et futurs.
La raison en est simple. Se mettre en conformité avec le RGPD,
particulièrement complexe, coûte beaucoup d’argent et de temps. C’est un
fardeau proportionnellement bien plus élevé pour les petits acteurs ou pour les
porteurs de projets que pour les gros. Google et Facebook ont déjà des armées
de lobbyistes, d’avocats et de développeurs pour gérer le RGPD, avec énormément
d’argent disponible pour investir dans les programmes de mise en conformité.
Google et
Facebook sont déjà conformes et cela leur a été indolore
.
Tant pis pour vous si vous gérez un petit réseau publicitaire, un
réseau social ou un moteur de recherche. Non seulement les coûts de mise en conformité
risquent d’être ruineux. Mais, pire encore, le RGPD peut donner envie à vos
clients annonceurs d’aller voir les joueurs dominants. Car dans un
environnement d’incertitude juridique les entreprises cherchent la sécurité et
la sécurité se trouve… chez les gros joueurs.
Mark Zuckerberg le
savait bien quand il a annoncé au Congrès Américain qu’il était en faveur de plus
de régulation.
Je ne milite pas contre le RGPD. Il pourra sans doute protéger le
public d’abus ou, du moins, lui procurer une vue plus claire de ce qui se passe
avec ses données personnelles. 
Ce je regrette c’est que la réalité des TPE-PME et même des ETI, n’ait pas été
prise en compte par le RGPD. Pas plus que la réalité du marché de la publicité
digitale
. Voyez le G29, l’organisme fédérant les Cnil européennes, qui n’a pas
encore terminé de publier ses guides de bonnes pratiques
alors qu’il
a eu 2 ans pour les réaliser.
Ce que je dis c’est que le RGPD, imposé à partir d’une tour d’ivoire
par une bureaucratie pour qui la réalité des entreprises et des entrepreneurs
n’a aucune sorte d’importance, a comme effet « inattendu » de réduire encore
plus la concurrence sur le marché de la publicité digitale et donc de renforcer
ce duopole.
Quand madame Falque-Pierrotin, présidente de la Cnil et ancienne
présidente du G29 affirme que « Le RGPD remet les acteurs européens et
internationaux à égalité de concurrence » je ne peux que me dire que Zuck lui dit merci.

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