Intelligence Artificielle : sommes-nous des dindes ?

Prestataires et GAFA nous refont le coup du Big Data avec l’Intelligence Artificielle !

Mon point de vue publié aujourd’hui sur Les Echos :

intelligence artificielle VUCA Strategy Jean Paul Crenn

Pour lire cet article sur le site des Echos, c’est ici.

Sinon voici le texte original :

Intelligence
Artificielle : Sommes-nous des dindes ?
Figurez-vous des dindes dans
un enclos. Au début elles ont peur de l’éleveur qui leur apporte à manger. Puis
elles s’habituent à lui. D’autant plus que ces derniers temps la nourriture se
fait de plus en plus abondante. Ce monsieur est vraiment gentil. La situation
des dindes n’a jamais été aussi bonne que… la veille de Noël, jour de leur
abattage.
Nassim Nicolas Taleb nous conte cette histoire dans son livre sur le
rôle du hasard, Le Cygne Noir, pour nous montrer le risque de projeter les
données du passé pour avoir une vision du futur.
C’est pourtant en dindes que nous transforme la vision scientiste d’une
partie de la Silicon Valley, à coups de Big Data et d’Intelligence Artificielle
(IA) !
Car si le Big
Data n’existe pas – ou si peu, il en est de même pour l’IA.
S’il est évident qu’il est plus valorisant d’être « Big » que « Small »
l’IA a, pour sa part, l’avantage de nous faire frissonner.
De peur (tous ces robots) et d’excitation (que de questions d’éthique
en perspective).
Or les
IA ne sont « que » des algorithmes
La résultante du travail de l’homme condamné, comme nous le savons
depuis près d’un siècle grâce au théorème de Gödel, à l’incomplétude.
Toute action humaine faillira, que ce soit en termes de sécurité
nucléaire ou informatique ou de recréation de dinosaures – l’indétermination
des systèmes complexes, comme l’explique Ian à Ellis dans Jurassic Park.
Algorithmes prédictifs, apprentissages profonds… c’est moins sexy que
l’IA, les algorithmes ! 
Ce sont pourtant eux qui font le travail ! 
Mais s’ils s’avèrent moins fantasmagoriques, ils restent malgré tout
fascinants.
Tant qu’ils sont spécialisés, dans des environnements maîtrisés et des
logiques linéaires, ces algorithmes s’avèrent extrêmement performants (jeu de
go), porteurs de bien des réalisation et des promesses (e-commerce, diagnostics
médicaux). 
Mais quand il s’agit d’une IA générale, dont la vocation est de
s’adapter au monde complexe qui nous entoure, au fait social, les résultats
sont loin d’être probants.
Ce n’est pas moi qui le dit mais Yann LeCun, l’un des pères de
l’apprentissage profond : « Ce qui manque aux machines [pour dépasser
l’homme], c’est l’intelligence générale ». De même, Yoshua Bengio, l’un des
autres pères déclare : « Nous nous battons pour rendre les machines un peu plus
intelligentes mais elles sont si stupides ».
D’ailleurs, qui avait prévu Trump ? La crise des subprimes ? Fukushima
?
Facebook lui-même, le maître de l’IA, avait-il prédit ses
malheurs ? Selon ses dires, il ne les avait même pas détectés !
Amazon, l’autre omniscient, s’acharne à me vendre les livres que j’ai
écrit.
Alors, pourquoi
cette histoire de dindes ?
Tout simplement parce que le concept de l’IA, adossé au Big Data, nous
fait croire que nous maîtrisons notre environnement, que nous pouvons prédire
le futur, prendre des décisions en nous affranchissant de l’incertitude, tant au
niveau des entreprises que des Etats. 
Or, il s’agit d’un aveuglement qui, parce qu’il nous crée un monde de
certitudes totalement fictif, peut nous être fatal – comme pour ces dindes.
Nous vivons dans un monde incertain où le hasard existe et continuera
d’exister car cela lui est consubstantiel.
Que l’hubris de quelques-uns leur fasse se prendre pour des Dieux ou
que la meute des offreurs de service en mal de valorisation et des startupers
face à des investisseurs moutonniers utilisent ad nauseam ce mot valise
qu’est devenu l’IA, c’est là leur droit.
Ne soyons pas
dupes, restons humains dans notre univers soumis au hasard.
L’IA dont on nous parle essaye de tirer parti d’un amalgame tendancieux
entre une IA spécialisée qualifiée de « faible », celle que nous expérimentons
aujourd’hui avec un certain succès (par exemple les algorithmes prédictifs et le
machine learning), et une IA globale, dite « forte », autonome
et transversale, dotée de conscience, qui tient du fantasme encore plus
aujourd’hui qu’hier comme le prouve Gödel.
Alors la prochaine fois que vous sera asséné le pitch d’une entreprise
vous présentant ses capacités en IA, faites comme moi, pensez aux volatiles et
lisez de la Science-Fiction car elle, au moins, aide à ouvrir notre esprit et
ainsi à prendre à bras le corps l’incertitude de notre avenir.
PS : L’Etat Français veut faire de la France un champion de l’IA
éthique, sur la base du rapport Villani. Nous ferait-il un nouveau Plan Calcul
? C’est en tout cas la preuve que nos élites raisonnent stratégie en jeu
d’échec et non en jeu de go. Ces jeunes brillants pensent comme des vieux,
confits de scientisme conformiste et bien-pensant. Descartes règne toujours en
maître, laissant Montaigne dans l’ombre. Dommage.
A propos de l’Auteur
Fondateur et dirigeant de VUCA
Strategy, 1er cabinet conseil spécialisé en e-commerce et en transformation
digitale, Jean-Paul CRENN (ISG, MBA HEC) est et a été dirigeant d’entreprises
de e-Commerce.
Il participe à NXU – Next
Humanity, le Thinktank de la révolution NBIC.
Fort de plus de 25 ans
d’expérience dans le digital, il dispense des cours auprès de l’ESCP Europe, la
Toulouse School of Management et de la Toulouse Business School.
Il est le co-auteur de
l’ouvrage de référence sur le e-Commerce, “le VADOR”, qui en est à sa
2ème édition. Il est par ailleurs l’auteur de livres sur le thème du monde
devenu VUCA : “Ce monde est-il fou ? Non, il est VUCA” ou encore “Quel
Prix dans un monde devenu VUCA ? Optimiser le levier N°1 de la
rentabilité”
.
Jean-Paul CRENN vient de
publier un ouvrage aux Editions Kawa intitulé “L’Internet des Objets :
La 3ème révolution Informatique”
.
Son site de curation sur le
thème de l’environnement VUCA :
www.scoop.it/t/vuca-by-jean-paul-crenn
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